Journal de ch-media

Gil Egger, président

Les médias cherchent à se faire comprendre

C’est devenu une évidence: les jeunes en particulier ne s’informent pas en se tournant vers les médias traditionnels, journaux, radios, télévisions. La variété des sources et l’immédiateté des réseaux sociaux forment des vagues d’informations, de rumeurs, de fausses nouvelles, et aussi de vraies. Comment s’y retrouver? Qu’est-ce qui est véridique? Qu’est-ce qui est erroné?

Un nouvel organisme a récemment été créé, «Use the News». L’agence Keystone-ATS, la SSR et l’association des éditeurs alémaniques Schweizer Medien (VSM) en sont les initiateurs, soutenus par la fondation Mercator. Selon les informations transmises, elles déclarent qu’«à l’ère d’une désinformation croissante, elles veulent permettre à la population d’utiliser les médias de manière autonome pour se forger sa propre opinion.» Les moyens sont peu clairs, l’intention étant: «Use The News veut notamment permettre la mise en réseau et l’information, regrouper les offres de formation, organiser des événements et renforcer la recherche média.»

En tête de liste des préoccupations: «Les jeunes et d’autres groupes doivent pouvoir améliorer leurs compétences médias. Ce terme recouvre la capacité à évaluer l’actualité de manière critique, à vérifier les sources, à comprendre les médias et à analyser les informations factuellement.»

Avant de prétendre former le public à la compréhension de leurs produits, peut-être serait-il judicieux de s’interroger sur les contenus et les formes proposés. Une sorte de maladie a commencé à se répandre, sournoise, devenant générale, celle du suivisme. Les sujets les plus discutés sont traités d’une façon pratiquement pareille partout. Alors oui, il faut une formation particulière pour trouver les avis divergents, des points de vue permettant de comprendre. Les crises comme la COVID, l’Ukraine, Gaza, donnent lieu à des flots continus d’informations le plus souvent identiques. Il devient difficile de se forger une opinion sans devoir faire un effort considérable pour avoir d’autres flux que ceux que se répètent la télévision, les journaux, sans parler des radios qui ne font que de diffuser de très courtes brèves. Autre inquiétude: dès lors que des voix contradictoires s’élèvent, le mot de «complotiste» apparaît, quand ce n’est pas plus méprisant, ou accusateur. Or, qu’est-ce qui fait l’intérêt des avis divergents? Ils permettent de prendre de la hauteur, de ne pas systématiquement croire en une vérité, une seule, une et indivisible. Quand ce fut la catastrophe de la mort des forêts, due, prétendait-on, aux pluies acides, les bûcherons qui émettaient un doute n’étaient pas encore traités de complotistes, ce n’était pas la mode, mais on les regardait avec un œil condescendant. On connaît la suite: c’était faux, les politiques sont passés à autre chose, non sans avoir ponctionné la population de plus de 150 millions pour «lutter contre la mort des forêts».

Malheureusement, utiliser les news, de nos jours, revient à se méfier de ceux qui les diffusent. Et à chercher ailleurs, sur des réseaux non politiquement corrects, les éclairages qui manquent dans les médias traditionnels. C’est un fait, aucun journal, encore moins la télévision, ne peut se targuer d’être une référence. Alors oui, écoutons les doutes du public, admettons que nous n’avons plus les moyens de fournir une information complète, documentée, contradictoire et ouvrons la porte aux opinions les plus larges. C’est comme ça que le supposé vrai et le prétendu faux pourront prendre place sur la balance, et que la population pourra se forger son opinion. Ou accepter de renoncer aux certitudes et vivre avec un doute permanent, pondéré par des pôles à géométrie variable.

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Bulletin de ch-media, printemps 2024

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