Pour le Conseil de la Presse, il est important de distinguer d'une part entre ce qui relève de l'information et d'autre part de l'appréciation des faits.

Le 9 mai 2014, Le Matin publiait, sous la plume de Valérie Duby, un article intitulé «Maintenant, les Roumains draguent les seniors!». Témoignages à l’appui, la journaliste explique que «la mendicité à grand papa, c’est fini», et que la criminalité venue de Roumanie s’est diversifiée, notamment au détriment des personnes âgées. Sont cités vols, cambriolages, recyclage de métaux précieux dérobés, prostitution illégale. Dans un encadré accompagnant l’article, le journal cite le conseiller d’Etat en charge de la police («Les Roumains sont en train de supplanter les Maghrébins») et son porte-parole, ainsi que des chiffres montrant que «les infractions pour cette catégorie de délinquants sont passées de 3,5% en 2007 à 17,3% en 2013».

Le Conseil de la Presse a été saisi de affaire en raison, soi-disant, de propos manquant souvent de contextualisation et du fait que l'on associe nationalité et type de délinquance (…) tout en jetant l’opprobre à l’ensemble des citoyens d’un pays. De l’avis de la plaignante, Le Matin a contrevenu aux chiffres 2 (distinction entre l’information et les appréciations), 3 (mention des sources) et 8 (interdiction des discriminations) de la Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste.

Le Conseil suisse de la presse a décidé de ne pas entrer en matière sur cette affaire bien qu'il constate que l’article et la titraille semblent généraliser en parlant des Roumains. Toutefois, dans le contexte de l’article, il est évident pour le lecteur, estime-t-il, que quand Le Matin parle «des Roumains», c’est en tant qu’origine d’un groupe de délinquants, s’opposant par exemple aux «Maghrébins». Le quotidien ne prétend aucunement que tous les Roumains se livreraient à la prostitution illégale ou commettraient d’autres délits. En l’occurrence, la valeur informative supplante nettement le danger d’une discrimination, et le chiffre 8 de la «Déclaration» n’est pas violé.

En ce qui concerne le non-respect allégué de l’obligation de séparer l’information du commentaire, la plainte ne présente aucun argument précis et convaincant. A ce propos, le Conseil de la presse rappelle que le chiffre 2 de la «Déclaration» n’interdit pas les clauses de styles, ni les appréciations de la part du journaliste, pour autant qu’elles soient clairement perceptibles comme telles.

Pour ce qui est enfin de la nécessaire mention des sources, la plaignante a formellement raison. Le Matin aurait dû préciser d’où provenaient les chiffres relatifs à la catégorie de délinquants selon l’origine. Toutefois, dans le contexte de l’encadré où ils sont mentionnés, ces chiffres apparaissent clairement comme émanant de la police ou de la justice, donc de source officielle. En conséquence, la négligence du Matin n’a en l’occurrence, pas le poids d’une violation de la Déclaration des droits et devoirs des journalistes estime le Conseil suisse de la Presse. 

C'est pour toutes ces raisons que le Conseil suisse de la Presse a motivé sa décision de ne pas entrer en matière sur cette affaire.