Il n’y a pas plus de fumée sans feu que d’initiative sans malaise. La frénétique défense du service public, payé en très grande partie par la redevance, laisse un sentiment mitigé. On sent bien un certain affolement du côté des collaborateurs de la télévision et des radios de service public. On peut aussi regretter les arguments, si exagérés qu’ils en deviennent suspects.

Le malaise existe, dans la population comme dans la communauté des journalistes. Dans la population, la redevance n’est pas anodine. Elle est considérée comme une sorte d’impôt, à ce titre imposé à l’aveugle, et cher. Pour les journalistes, accéder au service public revient à garantir son emploi, avec un salaire le plus souvent supérieur à celui du privé. Ce Graal, réel ou supposé, enlève parfois le sens critique.

Autre sentiment mitigé: celui de la lourdeur d’un monopole, qui fait que l’on a peine à comprendre la multitude de chaînes de radio créées au fil du temps, parfois en concurrence directe avec ce que les privés auraient pu faire, peut-être même mieux. La correction est venue, bien tard, avec un petit saupoudrage de l’argent de la redevance envers les chaînes privées. Le politique corrige, mais le politique parfois se trompe. Ainsi, il est parfaitement scandaleux que l’on ait accepté que de la publicité soit vendue sur des chaînes étrangères diffusées dans notre pays. Que cela soit le fait d’une agence suisse ne change rien à l’affaire. Que cela soit en conformité avec une règle européenne ne nous dispensait pas de demander, que dis-je d’exiger, une exception, dès lors qu’accepter cette perméabilité de 150 km de pénétration dans un pays revenait à livrer l’entier de la Suisse aux appétits de chaînes étrangères qui ne font strictement rien de local. Cette lâcheté politique fait que les cris d’orfraie poussés par des parlementaires avides de voir leur image sur un écran sonnent un peu creux au moment de commenter l’initiative No Billag.

Cette initiative a le mérite de secouer le cocotier. Elle a révélé une arrogance, parfois une suffisance, insupportable de la part de certains collaborateurs de ce service public jusqu’ici si protégé. Nous aurions aimé entendre, non pas l’annonce d’un rabais d’une petite centaine de francs sur cette redevance, mais une volonté réelle de réforme, ou du moins de prise en compte des critiques envers le service public. A force de nager dans son monopole, il a fini par se persuader que tout ce qu’il fait est absolument indispensable. Donc, qu’il lui faut les moyens de le faire! Cette certitude est mise à mal par l’initiative, ou plutôt par les commentaires qu’elle suscite. L’extrémisme de No Billag m’empêche de la soutenir, mais je peux aisément comprendre ceux qui voteront oui le 4 mars. Ils seront vraisemblablement une minorité, mais notre service public aura senti le vent du boulet. Qu’il en tire une leçon et commence à se remettre en question, réellement, dans un monde où sa place pourrait être à nouveau contestée dans le futur.

Gil Egger