L’initiative No Billag constitue une charge en règle contre la qualité et la diversité de l’information et de la cohésion sociale de la Suisse.

Le 4 mars prochain, le peuple suisse sera invité à se prononcer sur une consultation populaire dont l’objectif est de supprimer le financement apporté par la population helvétique en faveur de ses médias. Les attaques des auteurs de ce projet de modification de la constitution fédérale visant à supprimer les redevances de la radio et de la télévision atteindra en fin de compte tout un secteur de notre économie et met en péril la qualité, la diversité de l’information et la cohésion sociale de notre pays. En privant le service public d’un soutien financier de plus de 1,37 milliard de francs, cela ne touche pas que celui-ci, mais aussi tous les journalistes, photographes, preneurs de son, cameraman et producteurs travaillant pour la radio et la télévision, mais aussi pour tous les médias du pays. Il existe en effet une symbiose incontestable entre les journaux, magazines grand public et publications spécialisées.

On voit déjà apparaître aujourd’hui les premiers coups de boutoir que les éditeurs propulsent contre les conditions de travail des journalistes et photographes de presse. Cela commence par le pillage généralisé des travaux des journalistes avec la reprise de leurs biens dans un très large éventail de titres de la presse sans leur verser les droits d’auteurs dont ils sont les ayants droit uniques. Et cette tendance se généralise sans vergogne aux canaux de diffusion par Internet.

Les milieux économiques ultralibéraux remettent en question les fondements qui ont permis à la Suisse de disposer d’un système efficace et de qualité, même si l'on peut imaginer que celui-ci pourrait être perfectible dans un monde en constante évolution. Nous sommes persuadés que compte tenu de la baisse de la redevance de 451 à 365 francs par année et par foyer, ce montant sera acceptable pour les consommateurs pour répondre aux futurs défis que notre service public devra affronter sur le moyen terme.

Si l'on ne déploie pas cet effort relativement modeste au vu de ce que les consommateurs dépensent aujourd’hui pour sa communication via les nouveaux canaux numériques, on imagine déjà la voie royale que cela représentera pour les géants du numérique que sont les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), dont on connaît le respect des lois et coutumes européennes, pour envahir le quotidien des Helvètes.

En privant de trois quarts de ses recettes provenant de la redevance collectée chez les particuliers, les initiateurs de ce projet ne vont que plonger les consommateurs dans les bras des géants du net, qui détiennent déjà la mainmise sur le formidable gâteau de la publicité et de la communication dans notre pays. Du coup, on peut déjà imaginer ce qu’il adviendra des efforts déployés par la SSR dans la formation des journalistes et des professionnels des médias ainsi que de l’expérience collectée par ces derniers dans les studios de nos chaînes publiques.

Attaquer le service public sans se soucier des répercussions que cela pourrait avoir sur le travail quotidien des journalistes démontre bien le peu de respect que ceux-ci ont sur une composante aussi importante de la défense de la liberté d’expression et de la démocratie suisse, surtout quand il faudra aller se plaindre de leur comportement outre-Atlantique. Je ne peut donc que vous inciter à voter Yes Billag (soit non à No Billag) lors des prochaines votations.

Pierre-Henri Badel